Le duc de Morny

« Le duc de Morny se meurt, le duc de Morny est mort. » La fameuse apostrophe de Bossuet dans l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre – « Madame se meurt, Madame est morte » – pourrait venir à l’esprit des intimes et des proches durant ces premiers jours de mars 1865. Le vendredi 10, la disparition soudaine de « Monsieur », le deuxième personnage de l’Empire, au sommet de sa puissance, de sa richesse et de sa gloire, alors que le régime en dépit des difficultés paraît établi pour longtemps, résonne comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. L’homme, dans la force de l’âge de ses cinquante-trois ans, fait partie depuis l’accession au trône de Napoléon III du très petit premier cercle du pouvoir.
Par Jacques Jourquin

Par ses ascendances secrètes, que personne n’ignore plus, Morny tient étroitement à la famille Bonaparte et à l’histoire de la France depuis la Révolution. N’a-t-il pas dit lui-même : « Je suis fils de reine, petitfils d’évêque, j’appelle mon frère “Sire” et tout cela est naturel. » Plus tard, il insistera : « Je dis princesse à ma fille, monsieur à mon père, et Sire à mon frère. » Titré duc, il cumule une intouchable situation d’influence avec une fortune édifiée avec obstination et tranquillement assumée. Le soir du 1er décembre 1851, la veille du coup d’État, il était à l’Opéra-comique. Une certaine Mme de Liadères l’interroge : « Il paraît qu’un coup de balai se prépare. De quel côté serez-vous ? » Il aurait répondu : « Quoi qu’il advienne, je serai toujours du côté du manche. »
Il a nié cette anecdote racontée par le docteur Véron, mais pour être apocryphe elle n’en serait pas moins significative. Depuis des lustres on chuchotait dans les milieux financiers avant de se décider à prendre un engagement d’investissement : « Morny est dans l’affaire. »

Une vie réussie

À partir d’un état officiel d’orphelin, formé dans le meilleur monde, protégé à ses débuts par une famille résistant vaille que vaille aux chutes de régimes et aux changements de gouvernements, séduisant, talentueux, il a vite attiré l’attention. Son opportunisme, la permanence de ses démarches sous un masque de dilettante, son sens aigu de l’argent et son attirance pour les femmes, ses goûts de plaisir et de luxe, son habileté dans les relations et son intelligence l’ont hissé au sommet de la société. Les circonstances ont révélé ses brillantes qualités politiques. Il a finalement obtenu ce à quoi il tenait plus que tout avec un égocentrisme souriant et élégant : réussir sa vie, « une existence remplie à déborder » (Frédéric Loliée), qui vient de s’arrêter comme épuisée. […]

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