Le succès du café-concert

La « parole chantée », dans son expression populaire, a été une spécificité française depuis le Moyen-Âge. Elle a été d’une grande diversité : pateline, doucereuse, courtoise, grivoise, paillarde… Comment se présente cette « parole chantée » au début du Second Empire ? L’opéra ressort des institutions propres à l’aristocratie et à la grande bourgeoisie ; opérette, vaudeville et caveaux sont des lieux fréquentés, davantage, par une petite bourgeoisie, notamment « nouveau riche » ; les « harmonies », fanfares, orphéons de villages, chanteurs de rue, chorales d’associations et de maisons du peuple restent les plus représentatifs de la tradition populaire. La chanson populaire demeure donc liée à la vie quotidienne des classes artisanales et ouvrières. Mais, progressivement, la « chansonnette », des « cafés-chantants » de la Révolution aux goguettes de la Restauration, va être annonciatrice du Caf’Conc’, vers les années 1840-1850. Elle va éliminer, petit à petit, les vieilles chansons françaises et alors s’orienter vers des « entreprises commerciales destinées au divertissement ».
Par Hubert Vogelweith, membre des amis de Napoléon III

Pour définir ce café- concert, qui fit fureur au Second Empire, de grands chanteurs, chanteuses, chroniqueurs de cette époque et de celle qui suivra (Paulus, Thérésa, Ouvrard, Concetta Condemi, Chadourne, Yvette Guilbert) vont nous aider à le comprendre l’envolée du Caf’Conc’.

Le contexte politique, économique et social du Second Empire facilite l’émergence de cette « chanson commerciale ». En effet, de manière générale, le régime permet le développement de la liberté d’entreprendre. Et le Caf ’Conc’ va se révéler un bon investissement. Sa nouveauté tient à plusieurs caractéristiques. Tout d’abord l’entrée est libre et l’établissement se paie sur la consommation. Il n’y a pas d’annonce de programme, on y entre « comme dans un moulin » et c’est un spectacle permanent. Il n’y a aucune obligation d’élégance vestimentaire : on côtoie le haut de forme et le vêtement de travail. On boit, fume, circule. On va dans les salles de billard ou le jardin illuminé de girandoles. On cause à haute voix, on apostrophe même les artistes ! Cette absence de cérémonial, ce public mêlé, vont beau- coup plaire et distinguer le Caf’ Conc’ de tous les autres spectacles.

Le bourgeois vient s’encanailler ; le calicot, la cousette, le boutiquier, l’étudiant vont s’y amuser. Ainsi le Caf ’Conc’ va devenir, par excellence, un loisir populaire urbain, bien moins cher qu’un théâtre ! Les lieux peuvent être très différents, de l’endroit miteux pour cinquante personnes, bouiboui ou beuglant, à parfois des endroits féériques de plusieurs centaines, voire de milliers de personnes. Dans les années 1860, la Scala, l’Horloge,mais surtout l’Alcazar et l’Eldorado, somptueux, seront parmi les plus mythiques. Ils vont s’installer sur les grands boulevards ouverts par Haussmann.

Les chansons, elles-mêmes, ressortent souvent, de la gaudriole, de la blague égrillarde, du calembour, de la chansonnette grivoise ou de chansons à double sens… Elles sont ineptes et se veulent telles… Il faut plaire. Au siècle suivant, la grande chanteuse de Caf’Conc’, Yvette Guilbert,pourra dire : « Il faut faire rire. » Une expression de contemporains, « bête comme une chanson de Caf ’Conc’ », est significative de cette manière de faire. ais si ces nouveautés sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes pour remplir et surtout animer ces lieux. Il faut des chanteurs et des chanteuses de qualité.(…)

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